J’ai écrit

J’ai écrit il y a déjà vingt ans, dix, hier, et aujourd’hui encore.
J’ai écrit sur des murs blancs, j’ai écrit des poèmes, des rêves, j’ai griffonné dans les marges de mes cours, des lettres à des prénoms que je ne prononce plus, des lignes pour rattraper les songes, et dire, dire le temps, dire les hivers, et ce qu’il restait de ses mains sur mon corps.
J’ai écrit pour taire, crier, j’ai rempli des carnets, des pages de mots d’ailleurs, là-bas, de tickets de métro, de journées de pluie et de fleurs séchées.
J’ai écrit dans le silence des étoiles, les draps en boule contre mes jambes, les larmes au creux de la gorge, j’ai écrit le passé, la colère, les angoisses d’autres matins, les mensonges, les regards pleins de fièvre, j’ai écrit la liberté, la puissance, les cœurs qui cognent et qui renaissent, le désespoir de perdre, et la plénitude d’aimer plus fort.
J’ai écrit, à l’aube et au cœur des nuits noires, j’ai écrit pour éteindre ce qui prenait feu en moi, ou au contraire tout brûler.

J’ai écrit et, toujours, je récidive.

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Le parfum des orangers

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Il y a trois ans, trois ans et quelques jours déjà, je marchais dans les ruelles pavées de Tanger. Je retrouvais le Maroc et le souvenir d’anciennes saisons chevillées au corps.
Je pensais à la casbah des Oudayas, à Essaouira, la Mogador éternelle, à Marrakech, brûlante, vivante, aux quartiers grouillants de Casa, à l’aube de mes seize ans dans les rues d’Agadir, puis à d’autres villes, encore, d’autres trains, d’autres heures silencieuses.

C’est cette nuit-là, le front collé à la vitre d’un taxi bleu ciel, que j’ai su. Il fallait que mon premier roman porte en lui ce pays. Lire la suite

À lire : Miss Islande, Audur Ava Ólafsdottir

« Nous sommes faits de l’étoffe de nos rêves »

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Je n’ai pas lu Miss Islande. Je me suis jetée toute entière entre ses pages, bercée par le relief des volcans et les contours des vagues. J’ai parcouru les rues de Reykjavik, sillonné les chemins de neige après les fêtes, entendu le raffut des marins sur le port. J’ai senti le vent sur mes joues striées par le froid, j’ai regardé derrière les fenêtres du café Mokka, j’ai griffé le givre sur les vitres. J’ai écrit à la machine à écrire sur une petite table en bois, dessiné les glaciers au dessus des fjords et écouté la voix du père quand il décrivait la lave en fusion.
J’ai été Hekla, Jon et Isey, tour à tour, tout à la fois.

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A lire : La salle de bal, Anna Hope

Là, tout de suite, les yeux sur la couverture, peut-être imaginez-vous une femme valser, presque sur la pointe des pieds, lors d’un immense bal dans une salle somptueuse. Vous devinez son visage, tandis qu’elle vole dans sa robe jaune, les yeux clos, fiévreuse et enivrée, voguant de bras en bras.

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A lire : Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet

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Connaissez-vous ce sentiment qui donne envie de garder un livre le plus longtemps possible entre vos mains ? Vous savez, celui qui vous pousse à tourner les pages doucement, dans un murmure, presque un frôlement, de peur que la fin n’arrive déjà. Non pas parce que vous craignez qu’elle ne tienne pas ses promesses, mais simplement car vous n’êtes plus seulement à la lisière d’une histoire, mais le cœur véritablement pris dans toute sa beauté, ses cris silencieux et ses tourments indicibles.

C’est ce que j’ai ressenti en lisant Des hommes couleur de ciel.

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A lire : J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany

Il y a cinq ans, je découvrais Alaa El Aswany comme on ouvre un livre pour un examen : avant un entretien pour un stage dans un mensuel de littérature, j’avais prévu de lire l’auteur qui faisait la Une du dernier numéro. J’étais curieuse mais sans attente, je voulais simplement être sûre de pouvoir répondre aux questions qu’on me poserait. J’ai été résolument embarquée dès les premières pages de L’Immeuble Yacoubian, au point d’acheter Automobile Club d’Egypte quelques jours plus tard, le jour de sa parution en librairie. Finalement, l’entretien n’a absolument pas porté sur Alaa El Aswany mais j’ai décroché le stage et découvert un des auteurs qui m’est le plus cher aujourd’hui. Alors quand J’ai couru vers le Nil est sorti il y a quelques semaines, je savais que ce serait, une fois de plus, un livre qui compte, de ceux que l’on garde précieusement contre soi.

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Les pages blanches (et les autres)

Il y a des jours avec et des jours sans. Des heures immenses, des cartes postales, des rues de Tanger, des tasses de thé, des jours qui se lèvent et des nuits qui tombent, des interlignes, des majuscules, des notes en couleurs, des dates en italique. Il y a des carnets, bleus par superstition, des vieux journaux, des photographies en noir et blanc du café de Paris, de l’hôtel El Minza et des toits de la ville.

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A lire : Bakhita, Véronique Olmi

« Son corps est la propriété exclusive des maîtres, son cœur est pétrifié, et son âme ne sait plus où vivre. »

J’aimerais pouvoir décrire ce roman avec les mots qui conviennent, des mots qui diraient l’identité oubliée, les enfants volés, l’enfance envolée, les longues caravanes dans l’immensité. J’aimerais dire les mains serrées, liées, l’oiseau que l’on suit dans le ciel, les coups, le corps marqué, les langues qui se mêlent et se mélangent,  les endroits qui vivent loin de nous, ceux qui cessent peut-être un jour d’exister. J’aimerais être capable de raconter la vie de Bakhita, petite fille du Soudan arrachée à sa famille, qui d’esclave devient domestique, puis religieuse. J’aimerais parler de mon attachement, au fil des pages, l’envie de la bercer, elle, l’enfant qui n’est plus là depuis des années.

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A lire : « Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson

« Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable : parce que tu partiras et que nous resterons ».

1984. La terminale, l’année du bac, le temps des nuits blanches, des flirts et des idylles. L’année du premier amour, celui que l’on dévore, celui que l’on fait en silence derrière des portes closes. Celui de l’auteur s’appelle Thomas Andrieu. Il lui demande que leurs rendez-vous soient secrets, que les corps à corps restent muets. Philippe découvre l’attente, la consistance de l’absence, l’abandon, de soi comme de l’autre.

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A lire : Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

« Il se demandait toujours quoi faire ensuite, et elle lui disait qu’elle y pensait rarement, parce qu’elle n’avait pas grandi dans le faire, mais dans l’être. »

Parfois, il arrive que je referme un livre dans les murmures d’un grand silence. Quand les ultimes mots s’esquissent, quand le dernier des points scelle l’histoire, les larmes me montent aux yeux sans raison. Americanah est de ces fins-là, de ces grandes claques qui sifflent sans prévenir, de ces livres que l’on savoure sans parvenir à les quitter.

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