C’était en août

« En songe, mes retours imaginaires se passaient ainsi ; très vite, je glissais dans l’obscurité vers Stamboul, et, ce soir, je finis par avoir presque l’impression de n’être plus qu’un fantôme de moi-même, en route nocturne vers le pays que j’ai aimé… » 

C’était en août, dans une grande maison silencieuse entourée par la pinède. Je revenais tout juste d’un voyage seule au Maroc. Après une courte nuit au troisième étage d’un immeuble de Casablanca, au numéro d’un boulevard dont j’ai oublié le nom, j’avais pris le taxi très tôt dans l’aube qui tardait à venir. Presque sur la pointe des pieds, dans les rues encore endormies, j’avais dit adieu, en croyant à un au revoir, aux visages que j’aimais là-bas.

Lire la suite

Se retrouver

Sept jours au creux des montagnes, à côtoyer les sommets et tromper la neige du bout  des skis. Sept jours à reprendre souffle et envol, à s’arrêter face au Mont Blanc, les yeux plissés, éblouis, à dévaler dans la poudreuse et toucher les nuages avec les doigts. Sept jours, une semaine, à se retrouver soi-même, puis ensemble, comme si le temps s’était  soudain figé, il y a plus de dix ans, en mieux. Aujourd’hui l’adolescence est derrière moi. Désormais, nous sommes un de plus, et les éclats de voix ne sont que des éclats de rire. Revenir ici, finalement, c’est murmurer à celle que j’étais que rien ne sera comme je l’imagine, que tout sera encore plus vif, plus brûlant, comme le froid qui strie mes joues sur les pistes. Ce sera dur et beau à la fois, encore, il y a dix ans et demain, et chaque joie, chaque chagrin, immense ou minuscule, nous prouvera qu’on est vivant.

 

Une ombre d’Orient

Il y a trois ans, trois ans et quelques jours déjà, je m’installais en Turquie, des récits de voyage plein la tête, mes livres de Pierre Loti sous le bras. Je rêvais d’Istanbul, de la mosquée bleu, des derniers rayons de lumière sur le Bosphore, des ruelles cachées d’Eyüp et du palais Topkapı.
J’idéalisais peut-être aussi, parce que c’est le propre de la fascination – et quelle autre ville aurais-je pu admirer autant?

En trois ans, j’ai relu mille fois Aziyadé entre les lignes, chaque mot des fantômes d’Orient, et je vibre encore, bien sûr, à l’évocation des Mille & une Nuits.

Malte en couleurs

De Malte, je garde ces journées où l’on apprend à prendre le temps, à ne plus courir après les minutes perdues, qui ne le sont jamais vraiment.

En été, la population de l’île triple, quadruple parfois. Le trafic est dense, les kilomètres s’étirent en longs virages. Pourtant, les secondes bloquées sur l’aiguille n’ont plus le goût des matins en retard. Par la vitre du bus, les regards s’arrêtent sur les fleurs qui tombent en cascade le long des murs et la méditerranée qui scintille en dessous des rochers. On écoute les langues se mêler, on reconnait les sons d’autres voyages. On lisse son bandeau d’un doigt, en lisant quelques pages, les yeux voguant d’un sourire à l’autre. La lumière du soir brille sur les oliviers quand on décide de finir le trajet à pieds, sous le chant des cigales. Derrière nous, le soleil se couche.

De Malte, je garde aussi le vent brulant sur ma peau, mes cheveux ramenés en chignon sous le chapeau de paille, et le bruit des vagues en fin de journée. Je garde les criques où je plongeais ma tête sous l’eau, avec pour horizon l’Afrique, lointaine et proche à la fois. Je garde la douceur des petites places de village, la fête de ce club de musique, le sac à dos qui marque mes épaules sur l’île de Gozo, les yeux fermés sur les rochers, les yeux plissés face au soleil. Je garde les soupirs, la langueur des soirs d’été, la chaleur mordante, les lézards entre nos pieds et les couleurs des façades méditerranéennes.

Je garde mille images pour les minutes qui s’étireront encore, pour les soirées d’hiver où j’oublierai l’été.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Dix ans après les ruelles d’Agadir

C’était un dimanche, peut-être un mardi, peu importe. Il faisait nuit sur la route dorée, le sable se cognait aux vitres contre lesquelles je fermais les yeux. C’était l’été de mes seize ans. Après Djerba, avant la Tanzanie et Zanzibar, entre les noms qui font rêver, le soleil du mois d’août se levait sur Agadir.
Je suis restée deux semaines dans cette ville, à marcher pieds nus et à courir dans les vagues. J’ai découvert  les murailles d’Essaouira, la chaleur écrasante des villes en T, Tiznit et Tafraoute. J’ai passé des heures sur les toits de l’hôtel à contempler l’océan, la colline « le dieu, la patrie, le roi » et les drapeaux qui s’agitent dans le vent. Et quand les lumières de la ville s’éteignaient, je le rejoignais d’un pas pressé en virevoltant, volant, m’envolant, dans les rues. Les idylles d’été ont cette particularité d’apprivoiser l’éternité.

Lire la suite