« Sors de ta zone de confort »

Plusieurs années en arrière, je me rêvais en aventurière. Je me voyais sortir du cadre, du lot, des clous et des sentiers battus, à l’heure où il était de bon ton de faire une croix sur sa « zone de confort » comme si elle nous condamnait irrémédiablement à l’ennui. J’ai essayé plusieurs fois de repousser des barrières que je croyais imaginaires, tombées finalement non sans mal, croyant que c’était la condition ultime pour m’épanouir. C’était faux, mais je ne le savais pas encore.

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A compter sur les doigts

J’aime les dates apprises par cœur malgré moi, les photographies qui figent les éclats et les souvenirs à compter sur les doigts. J’aime regarder en arrière, sur des carnets, des albums, à travers les notes des préludes, les vêtements, les parfums et les lieux.

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C’était en août

« En songe, mes retours imaginaires se passaient ainsi ; très vite, je glissais dans l’obscurité vers Stamboul, et, ce soir, je finis par avoir presque l’impression de n’être plus qu’un fantôme de moi-même, en route nocturne vers le pays que j’ai aimé… » 

C’était en août, dans une grande maison silencieuse entourée par la pinède. Je revenais tout juste d’un voyage seule au Maroc. Après une courte nuit au troisième étage d’un immeuble de Casablanca, au numéro d’un boulevard dont j’ai oublié le nom, j’avais pris le taxi très tôt dans l’aube qui tardait à venir. Presque sur la pointe des pieds, dans les rues encore endormies, j’avais dit adieu, en croyant à un au revoir, aux visages que j’aimais là-bas.

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Se retrouver

Sept jours au creux des montagnes, à côtoyer les sommets et tromper la neige du bout  des skis. Sept jours à reprendre souffle et envol, à s’arrêter face au Mont Blanc, les yeux plissés, éblouis, à dévaler dans la poudreuse et toucher les nuages avec les doigts. Sept jours, une semaine, à se retrouver soi-même, puis ensemble, comme si le temps s’était  soudain figé, il y a plus de dix ans, en mieux. Aujourd’hui l’adolescence est derrière moi. Désormais, nous sommes un de plus, et les éclats de voix ne sont que des éclats de rire. Revenir ici, finalement, c’est murmurer à celle que j’étais que rien ne sera comme je l’imagine, que tout sera encore plus vif, plus brûlant, comme le froid qui strie mes joues sur les pistes. Ce sera dur et beau à la fois, encore, il y a dix ans et demain, et chaque joie, chaque chagrin, immense ou minuscule, nous prouvera qu’on est vivant.

 

Dix hivers après la nuit

Je roulais, plein phares, entre nocturne et symphonie. La sonate au clair de lune emplissait le silence de la nuit. Je me suis mise à compter, sans réfléchir, les années qui me séparaient des poèmes d’un autre temps. Mes yeux s’habituaient à l’obscurité et, le volant d’une main, j’ai murmuré « dix ans ». Je me suis revue à seize, sur les bancs du lycée, entre la scène de théâtre, les pièces de Corneille, de Musset, et les cahiers griffonnés.

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Ces rêves qui ne sont pas les nôtres

« Au bord de la mer, nous avons mangé des huitres, hurlé le bonheur, fait l’amour au rythme de la pluie qui claquait contre les vitres. »

J’ai ouvert un vieux fichier .doc, écrit en Times. A l’intérieur, il y a ces quelques mots, en une page, et une date qui me renvoie cinq ans en arrière. En novembre 2012, j’avais d’autres rêves, des envies et des envolées qui n’étaient pas les miennes. L’année d’avant, le 19 du même mois, j’avais écrit laconiquement « la littérature me manque », sans comprendre qu’elle me manquerait toujours si je ne changeais pas mes plans. Je croyais tout savoir, j’inventais des carrières, je touchais du doigt des ambitions qui ne me ressemblaient en rien. Je pensais aux vies « extraordinaires » de ceux qui n’ont pas peur et je brandissais mon envie d’ailleurs comme un drapeau.

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« Pourquoi tu pars? »

J’ai annoncé quitter Paris comme une évidence, sans préavis. A la question « Pourquoi tu pars? », je répondais toujours les mêmes mots. J’avais aimé Paris, j’avais aimé l’amour, la foule et la langueur, les minutes comptées, le soir sur la Seine, les cafés brulants et les bières sur les quais, les feuilles d’automne et mes musées préférés. Mais lentement, comme une parenthèse que je savais devoir fermer, suspendue depuis les premiers jours, l’air est venu à me manquer.

A la question « Pourquoi tu pars? », j’aurais voulu répondre que Paris ce n’était pas moi, que j’étais ce que Paris n’est pas et ne pourra jamais m’apporter.

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Dix ans après les ruelles d’Agadir

C’était un dimanche, peut-être un mardi, peu importe. Il faisait nuit sur la route dorée, le sable se cognait aux vitres contre lesquelles je fermais les yeux. C’était l’été de mes seize ans. Après Djerba, avant la Tanzanie et Zanzibar, entre les noms qui font rêver, le soleil du mois d’août se levait sur Agadir.
Je suis restée deux semaines dans cette ville, à marcher pieds nus et à courir dans les vagues. J’ai découvert  les murailles d’Essaouira, la chaleur écrasante des villes en T, Tiznit et Tafraoute. J’ai passé des heures sur les toits de l’hôtel à contempler l’océan, la colline « le dieu, la patrie, le roi » et les drapeaux qui s’agitent dans le vent. Et quand les lumières de la ville s’éteignaient, je le rejoignais d’un pas pressé en virevoltant, volant, m’envolant, dans les rues. Les idylles d’été ont cette particularité d’apprivoiser l’éternité.

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