Derrière les murs

J’ai commencé ces lignes comme on sort d’un rêve. J’ai voulu écrire les mots sur les murs qui nous enferment aujourd’hui, le ciel bleu au-dessus des yeux. Et puis j’ai su. Je n’ai pas envie de vous parler des jours qui passent, là, mais de ceux qui nous attendent.

Demain, oui demain, on retrouvera le printemps, l’été, le goût des saisons, puis celui des framboises et leurs traces lie de vin sur les doigts. On retournera dehors, en terrasse, sur les quais, dans les champs, courir sous les nuages, faire tinter nos verres, et regarder la lune. On chérira les plaisirs des matins, l’odeur du café, les bouquets de pivoines, la chaleur qui brûle les épaules claires et les ruelles pavées. On dira, encore, « et si on allait voir la mer ? », et on partira vite rejoindre les vagues. On sentira le sable entre nos orteils, un livre contre la poitrine, les lèvres pleines de sel. On criera comme des fous et le vent portera nos voix en écho, avant d’admirer le crépuscule et l’idée de pouvoir s’y noyer.

Et derrière les murs qui nous protègent ce matin, nos cœurs éclateront, demain, de pouvoir battre encore.

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Le lendemain du premier jour

Ils sont tantôt éclatants, tantôt silencieux, muets, chuchotés au cœur de la nuit. On les garde contre soi, pour qu’ils ne nous échappent pas déjà. C’est un air de musique, l’arrondi d’un corps, sa guérison, les longs voyages, les kilomètres qui nous séparent de la mer, regarde, et les pages que l’on peine à laisser voler. C’est ta main qui montre l’autre rive, tes paupières closes le matin, les recueils de poésie, les levers de soleil sur le fleuve et la flamme dans tes yeux. C’est le dimanche, l’odeur du café, les pas dans la forêt, les épaules blanches sous les premiers soleils et les champs de tournesol tournés vers le ciel. C’est le panier du marché, les fruits rouges de juin, les bouquets de pivoines, le vent dans nos cheveux tout en haut des dunes, ou peut-être des montagnes, la colère de l’orage après les heures chaudes. C’est la lune qui veille, le silence, celui de l’aube, et des soirs, enveloppant comme un drap de soie nos secrets.

Qu’est-ce que l’on peut se souhaiter à l’aube d’une nouvelle décennie ? Est-ce que ce serait présomptueux de simplement répondre « la vie » ?

Mon unique vœu, trois lettres et toute sa poésie.

Lettre à ceux qui disent

J’ai d’abord voulu expliquer, compter les heures, les jours, rétablir ma vérité sur la vôtre. J’ai souvent répondu aux soupirs, aux regards entendus, aux invectives, aux blagues qui n’en étaient pas. J’ai essayé de donner des chiffres, de nuancer, d’atténuer ce que je ressentais, d’éviter de me plaindre, pour ne pas qu’on me réponde, au choix ou tout à la fois, que j’étais fonctionnaire, prof, en grève, en vacances, que je ne savais rien des 35h, du monde de l’entreprise et de la valeur du « vrai travail ».

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« Sors de ta zone de confort »

Plusieurs années en arrière, je me rêvais en aventurière. Je me voyais sortir du cadre, du lot, des clous et des sentiers battus, à l’heure où il était de bon ton de faire une croix sur sa « zone de confort » comme si elle nous condamnait irrémédiablement à l’ennui. J’ai essayé plusieurs fois de repousser des barrières que je croyais imaginaires, tombées finalement non sans mal, croyant que c’était la condition ultime pour m’épanouir. C’était faux, mais je ne le savais pas encore.

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Les secrets les mieux gardés

« Elle a eu une vie extraordinaire. »

Il y a quelques mois, peut-être un an déjà, j’ai entendu cette phrase à la radio. C’était sur France Musique, un matin où le soleil se levait face à la route, un peu avant huit heures. Ils étaient deux, à débattre sur la mort d’une cantatrice célèbre. Et ils ont dit ceci : « Elle a eu une vie extraordinaire ».

Je me souviens m’être demandée ce qu’était réellement une vie hors norme, extra parce que non ordinaire, ailleurs et loin, à voler de scènes en partitions. Etait-ce une vie de paillettes ou de rêveries solitaires, remplie de notes de musique et de conversations jusqu’au petit matin ?

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On dit « prendre le temps »

On dit « prendre le temps » comme si on allait prendre un café, rapide et brûlant, entre deux rendez-vous. Comme si le temps pouvait s’attraper et qu’on le figeait là, contre nous, tel un attrape-rêves qui éloigne l’obscurité des nuits noires et claires.

On dit « prendre le temps » en pensant à la lecture, aux flâneries des jours ensoleillés, à l’odeur des crumbles framboise-chocolat blanc, à la palette d’aquarelle qu’on ne sort pas depuis l’été, aux baisers dans le cou, aux foulards qui volent au vent, aux chapitres à écrire, encore, qui demandent plus que quelques minutes en aparté. Finalement, même le dimanche, même le soir, le temps nous file entre les doigts. On insiste, tant pis pour les balades, celle-ci sera courte, on se fait violence, c’est l’affaire de quelques années. Et puis, finalement, quand on aime, on ne compte pas, même pour le travail. Je crois.

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