À lire : Miss Islande, Audur Ava Ólafsdottir

« Nous sommes faits de l’étoffe de nos rêves »

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Je n’ai pas lu Miss Islande. Je me suis jetée toute entière entre ses pages, bercée par le relief des volcans et les contours des vagues. J’ai parcouru les rues de Reykjavik, sillonné les chemins de neige après les fêtes, entendu le raffut des marins sur le port. J’ai senti le vent sur mes joues striées par le froid, j’ai regardé derrière les fenêtres du café Mokka, j’ai griffé le givre sur les vitres. J’ai écrit à la machine à écrire sur une petite table en bois, dessiné les glaciers au dessus des fjords et écouté la voix du père quand il décrivait la lave en fusion.
J’ai été Hekla, Jon et Isey, tour à tour, tout à la fois.

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A lire : La salle de bal, Anna Hope

Là, tout de suite, les yeux sur la couverture, peut-être imaginez-vous une femme valser, presque sur la pointe des pieds, lors d’un immense bal dans une salle somptueuse. Vous devinez son visage, tandis qu’elle vole dans sa robe jaune, les yeux clos, fiévreuse et enivrée, voguant de bras en bras.

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A lire : Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet

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Connaissez-vous ce sentiment qui donne envie de garder un livre le plus longtemps possible entre vos mains ? Vous savez, celui qui vous pousse à tourner les pages doucement, dans un murmure, presque un frôlement, de peur que la fin n’arrive déjà. Non pas parce que vous craignez qu’elle ne tienne pas ses promesses, mais simplement car vous n’êtes plus seulement à la lisière d’une histoire, mais le cœur véritablement pris dans toute sa beauté, ses cris silencieux et ses tourments indicibles.

C’est ce que j’ai ressenti en lisant Des hommes couleur de ciel.

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A lire : J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany

Il y a cinq ans, je découvrais Alaa El Aswany comme on ouvre un livre pour un examen : avant un entretien pour un stage dans un mensuel de littérature, j’avais prévu de lire l’auteur qui faisait la Une du dernier numéro. J’étais curieuse mais sans attente, je voulais simplement être sûre de pouvoir répondre aux questions qu’on me poserait. J’ai été résolument embarquée dès les premières pages de L’Immeuble Yacoubian, au point d’acheter Automobile Club d’Egypte quelques jours plus tard, le jour de sa parution en librairie. Finalement, l’entretien n’a absolument pas porté sur Alaa El Aswany mais j’ai décroché le stage et découvert un des auteurs qui m’est le plus cher aujourd’hui. Alors quand J’ai couru vers le Nil est sorti il y a quelques semaines, je savais que ce serait, une fois de plus, un livre qui compte, de ceux que l’on garde précieusement contre soi.

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A lire : Bakhita, Véronique Olmi

« Son corps est la propriété exclusive des maîtres, son cœur est pétrifié, et son âme ne sait plus où vivre. »

J’aimerais pouvoir décrire ce roman avec les mots qui conviennent, des mots qui diraient l’identité oubliée, les enfants volés, l’enfance envolée, les longues caravanes dans l’immensité. J’aimerais dire les mains serrées, liées, l’oiseau que l’on suit dans le ciel, les coups, le corps marqué, les langues qui se mêlent et se mélangent,  les endroits qui vivent loin de nous, ceux qui cessent peut-être un jour d’exister. J’aimerais être capable de raconter la vie de Bakhita, petite fille du Soudan arrachée à sa famille, qui d’esclave devient domestique, puis religieuse. J’aimerais parler de mon attachement, au fil des pages, l’envie de la bercer, elle, l’enfant qui n’est plus là depuis des années.

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A lire : Les passeurs de livres de Daraya, Delphine Minoui

« Les livres, ces sédiments de la mémoire qui défient les carcans. Du temps. De l’asservissement. De l’ignorance. »

J’ai refermé ce livre il y a plusieurs semaines. Je désirais en parler autant que mes mots s’envolaient, au fil du récit. Daraya, pour Paris, à des milliers de kilomètres, c’est trois syllabes à la radio, la certitude que la cruauté ne connaît pas de limite, le visage impassible de Bachar Al Assad qui dit lutter contre le bastion du terrorisme. C’est la révolte silencieuse, sans possibilité d’agir, devant les attaques au gaz chimique. C’est les « pourquoi » qui n’éteignent pas les flammes.

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A lire : « Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson

« Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable : parce que tu partiras et que nous resterons ».

1984. La terminale, l’année du bac, le temps des nuits blanches, des flirts et des idylles. L’année du premier amour, celui que l’on dévore, celui que l’on fait en silence derrière des portes closes. Celui de l’auteur s’appelle Thomas Andrieu. Il lui demande que leurs rendez-vous soient secrets, que les corps à corps restent muets. Philippe découvre l’attente, la consistance de l’absence, l’abandon, de soi comme de l’autre.

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A lire : Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

« Il se demandait toujours quoi faire ensuite, et elle lui disait qu’elle y pensait rarement, parce qu’elle n’avait pas grandi dans le faire, mais dans l’être. »

Parfois, il arrive que je referme un livre dans les murmures d’un grand silence. Quand les ultimes mots s’esquissent, quand le dernier des points scelle l’histoire, les larmes me montent aux yeux sans raison. Americanah est de ces fins-là, de ces grandes claques qui sifflent sans prévenir, de ces livres que l’on savoure sans parvenir à les quitter.

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A lire : Seuls les enfants savent aimer, Cali

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Il y a d’abord le titre. Seuls les enfants savent aimer. Devant la couverture blanche et ses écritures bleues, je me demande si c’est vrai, si l’enfance conserve cette part de pureté, d’innocence, qui confisque la force des premières émotions à jamais. Au fond, je le sais. Je tourne le livre et le laisse glisser entre mes doigts. Les mots de la quatrième de couverture ne me quittent pas. « A chaque seconde le cœur d’un enfant explose. »

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A lire : Les loyautés, Delphine de Vigan

Les loyautés. « [C]es tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »

Le dernier roman de Delphine de Vigan effleure les trajectoires de quatre personnages, Théo, Mathis, Hélène et Cécile, adolescents et adultes. Ils se croisent, vivent même ensemble et côte à côte, fragiles et funambules, les mains tendues vers l’autre. C’est ce qu’il faut retenir de plus fort : les mains tendues, les yeux grands ouverts sur ceux qui nous entourent, quitte à outrepasser les limites — à l’image d’Hélène, professeure, qui reconnait la souffrance de Théo, douze ans, et ne recule devant rien pour le sortir de l’ombre.

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