Mes dernières lectures #3

Alors que le mois de juillet commence à tâtons et annonce l’arrivée des choix impossibles dans l’objectif de tenir dans une valise minuscule* (que ceux qui prennent mille fois trop de livres pour les vacances lèvent la main), je vous parle aujourd’hui de mes dernières découvertes : classique, contemporain, bande-dessinée, français, étranger, il y en a pour tous les goûts !

  • Des Ailes au loin, Jadd Hilal

En quelques mots : Quatre femmes libano-palestiniennes, quatre générations de mère et fille, racontent les départs dus aux grands conflits du XXe siècle qui agitent le Moyen-Orient et leur soif de liberté dans un monde aux frontières mouvantes.

Dans les senteurs de jasmin et les pieds nus sur le sable de Baalbek, Jadd Hilal donne vie et voix à ces quatre femmes. De 1930 aux années 2000, de Haïfa à Beyrouth, de Genève à Arsoun, elles nous disent l’exil, la liberté, l’identité. Entre attachement et arrachement à ses racines, une seule lettre diffère. C’est cette lettre, sans cesse en bascule entre deux terres, qui est contée dans ce roman infiniment poétique.

« Je me souviens, une fois, j’étais à l’école à Beyrouth et tout à coup il y avait trois oiseaux qui s’étaient envolés dans le ciel. Et il y a eu un gros boum. Maman m’a dit après que c’était une bombe contre Rafiq Hariri.

Tout le monde a commencé à courir dans la cour de récréation. Moi j’ai couru aussi. Mais j’ai couru vers les oiseaux. Parce que je voulais m’en aller avec eux. »

  • Le Cahier à fleurs, Tomes 1 et 2, Laurent Galandon & Viviane Nicaise

En quelques mots : A Paris, en 1983, le concert d’un violoniste turc est interrompu par le malaise d’un spectateur. Dès le lendemain, le musicien se rend au chevet du vieil homme, intrigué par les mots qu’il a prononcés avant de perdre connaissance. Ce dernier renoue alors avec ses souvenirs d’enfance pour conter au musicien le récit du génocide arménien en Turquie, en 1915. Mais pourquoi a-t-il choisi le jeune violoniste pour ouvrir son cœur ?

En deux tomes, cette bande-dessinée met en lumière une page de l’histoire du XXe siècle peu mentionnée, souvent oubliée : les demeures évacuées dans les plaines d’Anatolie, les parents disparus en chemin ou dans la nuit, la violence, jamais muette, les enfants dont les prénoms sont changés, qui portent en eux une identité qu’ils doivent oublier.

  • Ma Cousine Rachel, Daphné du Maurier

En quelques mots : Philip Ashley a toujours voué à son cousin Ambroise une admiration et un amour sans faille, en dépit de leur différence d’âge. Quand celui-ci lui écrit qu’il soupçonne sa nouvelle épouse de vouloir l’empoisonner, Philip le croit d’emblée. Mais peu après la mort d’Ambroise à Florence, Rachel arrive dans leur domaine des Cornouailles et les certitudes de Philip vacillent : Rachel, à la personnalité insaisissable, est-elle vraiment coupable ?

Mon premier roman de Daphné du Maurier et quelle claque ! Avec une habilité remarquable, l’auteure parvient, au cœur d’un véritable thriller psychologique, à nous rendre aussi confus(e) que Philip : à chaque réponse, une nouvelle question, un détail qui remet en cause chaque vérité et chaque suspicion. Un livre brillant.

« Mais un homme solitaire est un être anormal et tombe bientôt dans l’anxiété. De l’anxiété dans la divagation. De la divagation dans la folie. »

  • Mon désir le plus ardent, Pete Fromm (Ma chronique complète ici)

En quelques mots : Maddy et Dalton tombent fous amoureux à l’aube de leur vingt ans et se marient sur les rives de la Buffalo Fork. Alors que l’avenir leur tend les bras et qu’ils rêvent d’avoir un enfant, une nouvelle inattendue va changer le cours de leur existence.

Je n’aime pas les romans d’amour faciles, clichés, aux happy ends attendus dès les premières pages. Mais celui-ci, bien loin de ces écueils, esquissent l’histoire de deux héros dans toute leur réalité, avec les contradictions, les failles et le désir ardent de croire à la chance. La puissance de cet amour-là bouscule les superstitions et donne envie de vivre furieusement.

« L’espace d’une seconde, Dalt laisse affleurer sa tristesse, les yeux braqués sur le sol, le regard perdu dans l’herbe et le gravier, comme s’il allait y retrouver son ancienne vie, la ramasser avec un soupir de soulagement et la rendosser en se demandant comment il s’était débrouillé pour la perdre. »

  • Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet (Ma chronique complète ici)

En quelques mots : Un lundi du mois de juin, un attentat est commis dans un lycée de La Haye. La police est formelle : le coupable est un lycéen tchétchène. Oumar est tout de suite arrêté dans un café. Se pourrait-il que ce soit lui, étudiant solaire se faisant appeler Adam, embrassant des hommes en secret, le goût des cocktails sur les lèvres à l’abri des nuits sans fin ? Ou serait-ce son frère, Kirem, élève taciturne aux idées sombres, envolé depuis le drame ? Et que sait vraiment leur professeure de russe, Alissa Zoubaïeva, de cette même origine qu’elle s’évertue à cacher sous le prénom Alice ? Aurait-elle pu deviner, lire entre les lignes, voir les cicatrices que portent en eux les deux frères ?

Ce roman d’Anaïs Llobet dit avec intelligence et sensibilité l’exil de trois personnages unis par l’histoire avec un H majuscule, leurs failles et leurs vérités réduites au silence pour mieux épouser les contours d’un nouveau pays, leur intégration désirée ou non, rendue parfois impossible par le poids d’une autre culture, d’une religion ou d’un passé duquel on reste prisonnier.

« Il n’y a pas de terme tchétchène pour dire ce qu’il est. On a importé « gay » de l’anglais, et « golouboï » du russe, qui signifie « bleu ciel ». Il y a aussi les insultes qui ont contaminé leur langue : « pederast », « pedik ». Un soir, à la télévision, lorsqu’il avait cinq ou six ans, des hommes déguisés dansaient sur des chars décorés de banderoles, en France. Voici le défilé parisien des « stigal basakh vol nakh », des hommes couleur de ciel, avait dit le présentateur. Oumar avait regardé par la fenêtre : le ciel était gris »

  • Deux sœurs, David Foenkinos

En quelques mots : Du jour au lendemain, Etienne quitte Mathilde pour retrouver son premier amour. Pour la jeune femme tout bascule. Cinq ans de sa vie s’envolent, et avec eux la promesse d’un mariage et le désir d’enfant. Dévastée, elle trouve refuge chez sa sœur Agathe, mariée avec Frédéric et maman d’une petite fille.

Je mentirais si je disais que ce roman a été une lecture désagréable. Mais je l’ai refermé en sachant que je l’oublierai aussi vite que je l’avais lu, en une après-midi d’été. Je ne retrouve plus ce qui m’avait séduit dans La Délicatesse ou Nos Séparations du même auteur. Le dénouement est cousu de fil blanc dès le début de la deuxième partie, mais rien ne le justifie. Si l’évolution du personnage de Mathilde est assez bien menée dans la première moitié du roman, celle-ci devient vite caricaturale, expédiée brièvement, avec facilité, comme si ce n’était qu’un prétexte pour conduire à l’épilogue — lui-même très peu crédible tant il est amené sans détours. Ce n’est pas le sujet du roman qui pêche, quiconque ayant vécu un chagrin d’amour aussi violent sait à quel point la morsure est terrible. Mais la manière dont il est traité ne tient pas ses promesses : on peine finalement à y croire.

« Pendant toute l’après-midi, Mathilde avait repensé à cette expression : nager dans le bonheur. Que se passe-t-il quand on atteint le rivage ? »

***

*Pour un aperçu de ma PAL estivale, c’est par ICI

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Et vous, quelles sont vos dernières lectures ?

Les références des livres présentés dans cet article :

  • Des Ailes au loin, Jadd Hilal, ed. Elyzad, 2018.
  • Le Cahier à fleurs, Tomes 1 et 2, Laurent Galandon & Viviane Nicaise, ed. Bamboo, 2010.
  • Ma Cousine Rachel, Daphné du Maurier, ed. Le Livre de Poche, 2002. Première édition en France chez Albin Michel, 1952 ; date de parution initiale 1951.
  • Mon désir le plus ardent, Pete Fromm, ed. Gallmeister, 2019.
  • Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet, ed. de l’Observatoire, 2019.
  • Deux sœurs, David Foenkinos, ed. Gallimard, 2019.

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