A compter sur les doigts

J’aime les dates apprises par cœur malgré moi, les photographies qui figent les éclats et les souvenirs à compter sur les doigts. J’aime regarder en arrière, sur des carnets, des albums, à travers les notes des préludes, les vêtements, les parfums et les lieux.

Il y a dix ans, je passais le bac. Une semaine après la fin des épreuves classiques, il y avait eu celle de spécialité, le « plus gros coeff » après la philo, le dernier rôle à ne pas rater. La veille, nous avions répété plusieurs heures sur scène dans le noir de l’amphithéâtre, avant de nous assoir longtemps sur les marches des gradins dans la cour du lycée. Il n’y avait pas encore Parcours Sup’ mais APB, tout le monde regardait vers septembre depuis début juin. Sur ces marches,  nous avions raconté cent fois les mêmes histoires, pris cent fois les mêmes photos, attendu, espéré, nous avions préparé nos anniversaires, la majorité, fait des promesses en regardant la cour du lycée.

Cette année-là, derrière les grilles, aussi, loin de la cour, je retrouvais chaque samedi d’autres sourires, ceux dont je ne partageais pas le quotidien des salles de classe. Nous restions des heures au téléphone le dimanche, parfois cinq minutes le lundi matin avant 8h. Nous fêtions tout ce que nous voulions fêter, sans avoir besoin de raison. Entre deux verres, à deux pas des champs et des vignes, nous nous allongions par terre, à même le bitume chaud, en nous donnant la main. Nous nous défendions contre les autres, contre nous-mêmes, aux yeux du monde. Nous avions des bras dans lesquels tomber et, nous pensions, avec l’ivresse des amitiés adolescentes, qu’ils ne se fermeraient jamais. A dix-sept ans, c’est évident de croire, sans condition, aux rendez-vous que nous ne tiendrons pas. Mais peut-être avions nous raison. Peut-être que les soirs de printemps scellent une part d’éternité pour ceux qui les gardent en eux.

C’était il y a dix ans. Sous nos yeux se clôturaient les années lycée, celles des premières fois, des nuits à la belle étoile, des plans sur la comète et des rêves que l’on poursuit longtemps.

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