A lire : J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany

Il y a cinq ans, je découvrais Alaa El Aswany comme on ouvre un livre pour un examen : avant un entretien pour un stage dans un mensuel de littérature, j’avais prévu de lire l’auteur qui faisait la Une du dernier numéro. J’étais curieuse mais sans attente, je voulais simplement être sûre de pouvoir répondre aux questions qu’on me poserait. J’ai été résolument embarquée dès les premières pages de L’Immeuble Yacoubian, au point d’acheter Automobile Club d’Egypte quelques jours plus tard, le jour de sa parution en librairie. Finalement, l’entretien n’a absolument pas porté sur Alaa El Aswany mais j’ai décroché le stage et découvert un des auteurs qui m’est le plus cher aujourd’hui. Alors quand J’ai couru vers le Nil est sorti il y a quelques semaines, je savais que ce serait, une fois de plus, un livre qui compte, de ceux que l’on garde précieusement contre soi.

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« Notre grande révolution était un sursaut, une belle fleur née toute seule dans un marécage. »

En 2011, le Caire s’embrase et se divise au rythme de la révolution égyptienne. La foule ne fait que grandir dans les rues de la capitale et notamment sur la place Tahir, au coeur de la ville.

Dans cette société aux mille facettes, nous suivons tour à tour Asma et Mazen, engagés, passionnés, qui rêvent d’une Egypte différente et vivent leur premier amour au coeur du tumulte. Ils sont rejoints par Achraf, grand bourgeois copte, acteur de seconds rôles, dont les fenêtres et le coeur donnent sur Tahir. Quelques rues plus loin, nous lisons également le dévouement de Dania, étudiante en médecine et fille du général Alouani, chef de la sécurité d’État, occupée à soigner les blessés malgré l’opposition de sa famille. Nous vibrons devant la détresse de Madani, dont le fils, Khaled, a été assassiné par un soldat sous les yeux de Dania. Un peu plus loin encore, nous serrons les dents devant l’ascension de Nourhane, présentatrice télé érigée en icône musulmane, qui ne recule devant rien pour épuiser le souffle d’une révolution déjà frappée de plein fouet par la répression, les rumeurs de complots et la violence de l’armée. Entre ces pages, nous découvrons  aussi des témoignages, réels, glaçants, de jeunes et moins jeunes, victimes de leur engagement.

Comme à chacun de ses romans, Alaa El Aswany est parvenu à me transporter dans les rues qu’il décrit, avec à l’oreille chaque voix et chacun des cris, et, devant les yeux, chaque pas, chaque victoire, chaque joie et chaque renoncement. C’est pour moi, sans conteste, l’un des auteurs étrangers contemporains les plus à mêmes de dresser le portrait, au plus juste et sublime, d’un pan de l’histoire dont le souffle trouve écho bien au-delà des frontières de son pays.

A ce jour, ce roman est toujours interdit de publication en Egypte et, comme les éditions Acte Sud l’ont communiqué il y a quelques jours, l’auteur est poursuivi pour insultes envers le président, les forces armées et les institutions judiciaires égyptiennes.

Voici deux articles pour en savoir plus : Le Monde  France Culture

N’hésitez pas à partager l’information autour de vous : si la littérature a une voix et une fonction militante, « il y a dans ce roman un combat, une défense des valeurs humaines ».

« L’histoire nous apprend que les empires les plus puissants sont vaincus par des peuples sans défense. » (Automobile Club d’Egypte)

Références du livre : J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany, Acte Sud, 2018.

5 réflexions sur “A lire : J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany

  1. AMBROISIE 28 mars 2019 / 18 h 55 min

    J’irai acheter ses oeuvres en poche. Un écrivain engagé est un écrivain politique dont a besoin chaque nation.

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