A lire : Les passeurs de livres de Daraya, Delphine Minoui

« Les livres, ces sédiments de la mémoire qui défient les carcans. Du temps. De l’asservissement. De l’ignorance. »

J’ai refermé ce livre il y a plusieurs semaines. Je désirais en parler autant que mes mots s’envolaient, au fil du récit. Daraya, pour Paris, à des milliers de kilomètres, c’est trois syllabes à la radio, la certitude que la cruauté ne connaît pas de limite, le visage impassible de Bachar Al Assad qui dit lutter contre le bastion du terrorisme. C’est la révolte silencieuse, sans possibilité d’agir, devant les attaques au gaz chimique. C’est les « pourquoi » qui n’éteignent pas les flammes.

Là-bas, sous un siège implacable, des inconnus résistent et ne plient pas face à Damas. Derrière les barils d’explosifs, derrière les rations qui s’épuisent dans une banlieue coupée du monde, pourtant, quelque chose est plus fort encore que l’enfer : les livres, « leurs armes d’instruction massive ». Ils ne choisissent ni Assad ni Daech, mais une troisième voie, celle de la connaissance, de la liberté, du refus de tout asservissement, qu’il soit politique ou religieux. Ahmad, Omar, Shadi, Ustez, et des dizaines d’autres jeunes révolutionnaires syriens, exhument ainsi les ouvrages sous les décombres de la ville pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine. Dans un sous-sol de Daraya, la rebelle, ils échappent au quotidien de poussière, citent des vers de Darwich et Hugo, et rêvent d’un autre avenir pour leur pays.

« A l’ombre de la guerre, les phrases peuvent de nouveau vibrer. Elles sont la marque du temps qui reste quand tout est condamné à disparaître. »

Page après page, Delphine Minoui partage avec sincérité ses échanges avec les derniers habitants de Daraya,  au rythme des connexions skype et des messages what’s app, son émotion, mais aussi ses propres questionnements — comme le très beau passage sur l’heure du conte à Istanbul.

Aujourd’hui, la bibliothèque ne Daraya n’est plus mais, pourtant, elle rayonne plus que jamais grâce à cette oeuvre remarquable. Il y a quelques semaines, Delphine Minoui a rencontré Ahmad pour la première fois et a réalisé sa promesse : lui apporter son ouvrage, un peu de cette bibliothèque devenue immortelle.

Références : Delphine Minoui, Les passeurs de livres de Daraya, ed. Seuil, 2017. 160 pages, 16€. 

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