J’ai écrit

J’ai écrit il y a déjà vingt ans, dix, hier, et aujourd’hui encore.
J’ai écrit sur des murs blancs, j’ai écrit des poèmes, des rêves, j’ai griffonné dans les marges de mes cours, des lettres à des prénoms que je ne prononce plus, des lignes pour rattraper les songes, et dire, dire le temps, dire les hivers, et ce qu’il restait de ses mains sur mon corps.
J’ai écrit pour taire, crier, j’ai rempli des carnets, des pages de mots d’ailleurs, là-bas, de tickets de métro, de journées de pluie et de fleurs séchées.
J’ai écrit dans le silence des étoiles, les draps en boule contre mes jambes, les larmes au creux de la gorge, j’ai écrit le passé, la colère, les angoisses d’autres matins, les mensonges, les regards pleins de fièvre, j’ai écrit la liberté, la puissance, les cœurs qui cognent et qui renaissent, le désespoir de perdre, et la plénitude d’aimer plus fort.
J’ai écrit, à l’aube et au cœur des nuits noires, j’ai écrit pour éteindre ce qui prenait feu en moi, ou au contraire tout brûler.

J’ai écrit et, toujours, je récidive.

95658606_247660519922268_1574790849030520832_o

Le parfum des orangers

IMG_1774

Il y a trois ans, trois ans et quelques jours déjà, je marchais dans les ruelles pavées de Tanger. Je retrouvais le Maroc et le souvenir d’anciennes saisons chevillées au corps.
Je pensais à la casbah des Oudayas, à Essaouira, la Mogador éternelle, à Marrakech, brûlante, vivante, aux quartiers grouillants de Casa, à l’aube de mes seize ans dans les rues d’Agadir, puis à d’autres villes, encore, d’autres trains, d’autres heures silencieuses.

C’est cette nuit-là, le front collé à la vitre d’un taxi bleu ciel, que j’ai su. Il fallait que mon premier roman porte en lui ce pays. Lire la suite

Derrière les murs

J’ai commencé ces lignes comme on sort d’un rêve. J’ai voulu écrire les mots sur les murs qui nous enferment aujourd’hui, le ciel bleu au-dessus des yeux. Et puis j’ai su. Je n’ai pas envie de vous parler des jours qui passent, là, mais de ceux qui nous attendent.

Demain, oui demain, on retrouvera le printemps, l’été, le goût des saisons, puis celui des framboises et leurs traces lie de vin sur les doigts. On retournera dehors, en terrasse, sur les quais, dans les champs, courir sous les nuages, faire tinter nos verres, et regarder la lune. On chérira les plaisirs des matins, l’odeur du café, les bouquets de pivoines, la chaleur qui brûle les épaules claires et les ruelles pavées. On dira, encore, « et si on allait voir la mer ? », et on partira vite rejoindre les vagues. On sentira le sable entre nos orteils, un livre contre la poitrine, les lèvres pleines de sel. On criera comme des fous et le vent portera nos voix en écho, avant d’admirer le crépuscule et l’idée de pouvoir s’y noyer.

Et derrière les murs qui nous protègent ce matin, nos cœurs éclateront, demain, de pouvoir battre encore.

cropped-img_30102.jpg

Le lendemain du premier jour

Ils sont tantôt éclatants, tantôt silencieux, muets, chuchotés au cœur de la nuit. On les garde contre soi, pour qu’ils ne nous échappent pas déjà. C’est un air de musique, l’arrondi d’un corps, sa guérison, les longs voyages, les kilomètres qui nous séparent de la mer, regarde, et les pages que l’on peine à laisser voler. C’est ta main qui montre l’autre rive, tes paupières closes le matin, les recueils de poésie, les levers de soleil sur le fleuve et la flamme dans tes yeux. C’est le dimanche, l’odeur du café, les pas dans la forêt, les épaules blanches sous les premiers soleils et les champs de tournesol tournés vers le ciel. C’est le panier du marché, les fruits rouges de juin, les bouquets de pivoines, le vent dans nos cheveux tout en haut des dunes, ou peut-être des montagnes, la colère de l’orage après les heures chaudes. C’est la lune qui veille, le silence, celui de l’aube, et des soirs, enveloppant comme un drap de soie nos secrets.

Qu’est-ce que l’on peut se souhaiter à l’aube d’une nouvelle décennie ? Est-ce que ce serait présomptueux de simplement répondre « la vie » ?

Mon unique vœu, trois lettres et toute sa poésie.

Les livres que l’on garde en soi : bilan 2019

2019. C’était une année un peu particulière. Le besoin d’écrire a souvent balayé les livres que je tenais entre les mains. J’ai mis mes propres lignes au premier plan et me suis parfois tenue loin de celles des autres tant j’étais habitée par mon manuscrit. Mais de janvier à décembre, j’ai tout de même lu une petite cinquantaine de titres – et à l’heure du bilan j’ai choisi d’en évoquer dix. Différents à bien des aspects, ils sont parvenus à me toucher, à me bousculer ou à me faire voyager…

Lire la suite

Mes dernières lectures #5

Depuis septembre, j’écris bien plus que je ne lis. Je termine actuellement mon premier manuscrit et mon esprit est constamment happé par mes propres pages — ce qui a pu parfois freiner mon envie d’ouvrir un livre ces dernières semaines. Mais ça ne m’a pas empêché de faire quelques belles découvertes, que je vous partage aujourd’hui.

Dans cet article, je vous parle de mes lectures de septembre et d’octobre. Les deux derniers mois de l’année seront évoqués après les fêtes suivi certainement de près par un bilan annuel début janvier. Pour la suite… Mystère ! Je ne suis pas certaine de continuer ce format sur le blog en 2020, même si je compte le poursuivre sur Instagram. Lire la suite

À lire : Miss Islande, Audur Ava Ólafsdottir

« Nous sommes faits de l’étoffe de nos rêves »

73321866_10220551566481078_2988267261908746240_n

Je n’ai pas lu Miss Islande. Je me suis jetée toute entière entre ses pages, bercée par le relief des volcans et les contours des vagues. J’ai parcouru les rues de Reykjavik, sillonné les chemins de neige après les fêtes, entendu le raffut des marins sur le port. J’ai senti le vent sur mes joues striées par le froid, j’ai regardé derrière les fenêtres du café Mokka, j’ai griffé le givre sur les vitres. J’ai écrit à la machine à écrire sur une petite table en bois, dessiné les glaciers au dessus des fjords et écouté la voix du père quand il décrivait la lave en fusion.
J’ai été Hekla, Jon et Isey, tour à tour, tout à la fois.

Lire la suite

Mes dernières lectures #4 : heures solaires & rentrée littéraire 

Les yeux rivés sur les montagnes de Transylvanie, dans un train de nuit vers Istanbul, à la frontière bulgare, sur un ferry traversant le lac de Van, au bord de l’eau, ou dans la douceur des fins de journée à l’ombre des feuilles de palmier, l’été a été synonyme de moments de lecture qui restent longtemps en tête.

En ce début d’automne, je vous embarque avec moi pour un tour d’horizon de mes découvertes estivales — oui, l’expression « mieux vaut tard que… » n’a jamais aussi bien porté son nom !

Lire la suite

Lettre à ceux qui disent

J’ai d’abord voulu expliquer, compter les heures, les jours, rétablir ma vérité sur la vôtre. J’ai souvent répondu aux soupirs, aux regards entendus, aux invectives, aux blagues qui n’en étaient pas. J’ai essayé de donner des chiffres, de nuancer, d’atténuer ce que je ressentais, d’éviter de me plaindre, pour ne pas qu’on me réponde, au choix ou tout à la fois, que j’étais fonctionnaire, prof, en grève, en vacances, que je ne savais rien des 35h, du monde de l’entreprise et de la valeur du « vrai travail ».

Lire la suite

A lire : La salle de bal, Anna Hope

Là, tout de suite, les yeux sur la couverture, peut-être imaginez-vous une femme valser, presque sur la pointe des pieds, lors d’un immense bal dans une salle somptueuse. Vous devinez son visage, tandis qu’elle vole dans sa robe jaune, les yeux clos, fiévreuse et enivrée, voguant de bras en bras.

Lire la suite